Elections 2017 au Kenya- Deuxième tour sur fond de tensions ethniques

Après les élections du 8 août, l’incertitude règne au Kenya. La Cour suprême ayant déclaré illégale la réélection du sortant Uhuru Kenyatta suite à de graves erreurs de la commission électorale, de nouvelles élections auront lieu le 26 octobre. Le point avec Beatrice Bürge, coordinatrice du programme Kenya à COMUNDO, et Jutta Wermelt, coordinatrice à Nairobi.

Comment est aujourd’hui l’ambiance sur place

Beatrice Bürge: Le sujet de la réélection est sur toutes les bouches. La situation est très compliquée et difficile à comprendre. Tous les jours, voire toutes les heures, de nouvelles informations sont divulguées. En raison de l'incertitude qui règne, nos organisations partenaires ne peuvent rien planifier à moyen ou long terme, les projets sont en stand-by. Le tourisme est pratiquement inexistant et la situation a un impact direct sur le commerce: hôtels vides, restaurants peu fréquentés, étals de marché sans clientèle. Jusqu'au 12 octobre, il était encore permis de manifester à Nairobi trois jours par semaine. Aujourd’hui, non.
Jutta Wermelt : Les divisions ethniques au sein de la population se sont intensifiées au moment de la campagne électorale. La crise politique a aussi paralysé l'économie. Les investissements sont gelés et les prix des denrées alimentaires élevés.

Les résultats des élections seront-ils acceptés par la population?

Beatrice Bürge: Les gens doivent retourner là où ils sont enregistrés pour les élections. C’est, pour beaucoup, un gros effort. La participation électorale sera probablement inférieure à celle du 8 août.

Le leader de l'opposition, Raila Odinga, a récemment retiré sa candidature.

Jutta Wermelt: Raila Odinga dit qu'il ne participera pas aux élections du 26 octobre, mais il n'a pas pris de décision officielle. À l'heure actuelle, il semble probable que l'opposition – la « National Super Alliance » (NASA)  - tente d’utiliser la constitution pour arriver à ses fins. Cette dernière stipule que l'élection doit être annulée si elle a été boycottée dans une des 290 circonscriptions. Si Raila Odinga réussit à faire boycotter l'élection dans l'un de ses bastions, tout serait annulé et on partirait pour un troisième tour.  Ce ne serait pas sans risque. Il n'y a pratiquement pas de circonscriptions électorales ethniquement uniformes et beaucoup de gens devraient être exclus de l'élection par la force ou par l'intimidation.
 
Existe-t-il une chance que les élections se déroulent normalement le 26 octobre?

Jutta Wermelt: Il semble que les élections auront bien lieu. Cependant, le laps de temps entre le 8 août et le 26 octobre était trop court pour mener à bien des réformes de grande envergure. La commission électorale n’a pu apporter que quelques ajustements mineurs au système électoral. Raila Odinga continuera probablement à parler de fraude électorale en espérant un troisième tour. Cela pourrait augmenter ses chances de devenir président du Kenya. Cependant, un nouveau report des élections ne serait pas autorisé par la constitution et renforcerait l'instabilité politique.

Quel est le risque d’explosions violentes?

Jutta Wermelt: Très grand - bien plus grand que lors des élections du 8 août. Il est probable qu’Uhuru Kenyatta remporte les nouvelles élections. Maintenant difficile de savoir comment l'opposition va réagir. L'instabilité politique pourrait entraîner une augmentation des opérations et des exactions de la police. Raila Odinga a déjà annoncé que la NASA allait manifester dans tout le pays le 26 octobre - une déclaration qui ne vise pas le dialogue mais la confrontation.

La meilleure solution pour le pays serait que les deux candidatas puissent s'entendre sur un gouvernement commun. Cela pourrait éviter de nouvelles flambées de violence et contribuer à la stabilité du pays. Mais cette solution semble malheureusement très peu probable, car il y a beaucoup d'acteurs politiques dans les camps respectifs avec des intérêts divergents.


Les élections au Kenya ont souvent été associées à des tensions ethniques et à la violence. Depuis l'indépendance en 1963, la plupart des présidents sont issus du groupe ethnique majoritaire, les Kikuyu. Les membres d'autres groupes, tels que les Luo ou les Odinga, se sentent de ce fait marginalisés, engendrant souvent des conflits ethniques. Après les élections de 2007, plus de 1000 personnes ont été tuées et 150 000 se sont enfuies suite à  des affrontements sanglants.

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